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FRFL204

XIII semaine du Temps Ordinaire – Mercredi

Vivre en plein jour

Comme Jésus arrivait sur l’autre rive du lac, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent du cimetière à sa rencontre ; ils étaient si méchants que personne ne pouvait passer par ce chemin. Et voilà qu’ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous faire souffrir avant le moment fixé ? » Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » Il leur répondit : « Allez-y. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs ; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Mt 8,28-32

Nous avons rencontré plusieurs possédés dans l’évangile. Ceux d’aujourd’hui nous offrent l’occasion d’ajouter d’autres éléments de réflexion. Le premier nous conduit à nous pencher sur le lieu où ils vivent : il s’agit d’un cimetière. Ils se trouvent donc au milieu des tombeaux, dans un lieu de  mort. L’esprit du bien et l’esprit du mal se disputent âprement le monde dans lequel se livre la bataille éternelle pour la vie ou pour la mort. D’un côté, les mamans qui mènent à bien leur grossesse en risquant leur propre vie, de l’autre, des femmes qui silencieusement se font avorter ; d’un côté, les couples qui se pardonnent pour sauver des mariages devenus difficiles, de l’autre, ceux qui se séparent et divorcent avec une grande désinvolture, en créant ainsi des problèmes pour eux-mêmes, pour leurs propres enfants et pour la société toute entière.

Les premiers choisissent le chemin du bien en marchant en plein jour, les autres, le chemin du mal dans l’ombre : les mariages et les naissances se fêtent en public ; les avortements et le trafic de stupéfiants se font en cachette. D’un côté, la lumière, la vie, la joie et la franchise ; de l’autre l’ombre, le désespoir, le mensonge et l’autodestruction, comme celle des porcs d’aujourd’hui qui, envahis par les démons se précipitent dans la mer. On n’arrive pas tout d’un coup à ces situations de mal extrême ; on y arrive jour après jour, de même que jour après jour on arrive à la sainteté, en tombant et en se relevant tout le temps. Le passage d’aujourd’hui met en exergue aussi que les démons et les saints ne peuvent pas vivre ensemble, ils se dérangent réciproquement : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous faire souffrir avant le moment fixé ? », s’écrient les deux possédés. Il y a des milieux dans lesquels la clarté, la franchise et la sainteté représentent véritablement une gêne car ce sont des milieux dans lesquels des choix de mal dominent. Ceux qui veulent les fréquenter doivent vivre une vie de mensonge, de subterfuges, de choix de mort et de transgressions de plus en plus poussées. C’est une règle fondamentale pour évaluer non seulement les milieux mais nos choix existentiels aussi : qui est pour la vie, œuvre au grand jour, qui est pour la mort ne peut œuvrer – il n’y a guère d’autre choix possible – que dans l’ombre, dans le mensonge et en cachette.

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